mercredi 28 septembre 2016

DE SI PARFAITES EPOUSES - ROY, Lori

Detroit, en 1958, à la fin du mois de juin.
Dans le quartier ouvrier blanc d’Adler Avenue, l’atmosphère est pesante, l’air chargé de menaces.
Les grandes usines où tous les hommes sont employés commencent à fermer et, plus inquiétant encore, des gens de couleur s’installent dans le quartier.
Dans leurs maisons proprettes aux rideaux parfaitement tendus et aux pelouses bien entretenues, les femmes s’observent et se méfient.
Les jours de paie, on a vu des femmes noires près de l’usine aguicher leurs maris en portant des tenues inappropriées.
Dans Adler Avenue, il y a Julia qui doit veiller sur ses jumelles, son amie Grace, enceinte de huit mois, et leur voisine Malina, toujours impeccable, qui donne le ton des discussions et orchestre d’une main de maître la vente de charité de la paroisse de St Alban’s, et puis il y a Elisabeth, la jeune fille un peu attardée, qui vit avec son vieux père.
Tous les jours, les hommes rentrent crasseux de l’usine, et tous les jours, leur épouses les attendent bien sagement à la maison.
Mais un après-midi, Elisabeth disparaît.
Alors que les hommes quadrillent le quartier dans l’espoir de la retrouver, la tension monte.
Julia et Grace sont les dernières à avoir vu Elisabeth.
Y a-t-il un lien avec le meurtre d’une jeune femme noire dans l’entrepôt à côté de l’usine ?
Pour les parfaites épouses d’Adler Avenue, le mal a pris ses racines dans leur petit paradis.

Présenté comme cela, on a vraiment l'impression de tomber sur un bon thriller. Mais il n'en est rien. Je dirais qu'il s'agit plutôt d'un drame psychologique, une satire d'un mode de vie et d'une époque. 
Nous nous retrouvons dans une ambiance de Desperate Housewives, vous savez, la série. Un quartier américain bourgeois, des femmes au foyer, un secret inavouable derrière chaque porte. Évidemment, j'ai oublié de préciser que nous sommes dans un quartier "blanc" en 1958. Oui, mais voilà, ce quartier tranquille se transforme avec l'arrivée des "noirs". Deux évènements viennent perturber ce quartier : une femme noire meurt sous des coups de marteau et Elisabeth, jeune femme blanche simple d'esprit disparait. 
A travers ces deux évènements, Lori Roy nous présente le portrait de trois femmes blanches. Julia, qui a perdu sa petite fille âgée de quelques mois et qui devait raccompagner Elisabeth chez elle. Grace, qui attend son premier enfant et qui subit un horrible viol parce que personne ne parle de la femme noire assassinée. Et Malina, épouse modèle, battue et qui ment sur son âge pour que personne ne sache que son mari aime les très jeunes filles. Mais elle n'oublie pas les femmes noires qui n'hésitent pas à aller aguicher les hommes, à la sortie de l'usine, les jours de paie.
A travers le récit des différentes protagonistes, Lori Roy installe une ambiance sombre, pesante voir étouffante qui nous dérange mais qui nous incite à tourner de plus en plus vite les pages du livre. Lori Roy nous décrit une époque et mode de vie avec une brutalité nue, sans rien enjolivé. Vie monotone, presque monacale des femmes qui ne doivent penser qu'au bien être de leur époux. Récit d'un racisme ordinaire où blanches et noires ne se mélangent pas, ne se regardent pas, ne se parlent pas. 
Nous sommes tellement happée par cette ambiance sombre que la réalité sur la disparition d'Elisabeth passe inaperçue et retient à peine notre attention. Un crime ordinaire dans un monde ordinaire.

mercredi 14 septembre 2016

A L'OREE DU VERGER - CHEVALIER, Tracy

En 1838, dans l’Ohio, les fièvres ne font pas de cadeau. À chaque début d’hiver, James Goodenough creuse de petites tombes en prévision des mauvais jours. Et à chaque fin d’hiver, une nouvelle croix vient orner le bout de verger qui fait péniblement vivre cette famille de cultivateurs de pommes originaires du Connecticut. Mais la fièvre n’est pas le seul fléau qui menace les Goodenough : l’alcool a fait sombrer Sadie, la mère, qui parle à ses enfants disparus quand elle ne tape pas sur ceux qui restent ; les caprices du temps condamnent régulièrement les récoltes de James, et les rumeurs dont bruisse le village de Black Swamp pointent du doigt cette famille d’étrangers. Heureusement, la visite de John Chapman, figure majeure de l’introduction des pommiers dans l’Ohio, la saveur d’une pomme mûre à point et la solidarité qui peut unir deux enfants partageant le même sort éclairent parfois l’existence de Martha et Robert Goodenough. Des années et un drame plus tard, frère et sœur sont séparés. Robert a quitté l’Ohio pour tenter sa chance dans l’Ouest. Il sera garçon de ferme, mineur, orpailleur, puis il renouera avec l’amour des arbres que son père lui a donné en héritage. Au fin fond de la Californie, auprès d’un exportateur anglais fantasque, Robert participe à une activité commerciale qui prendra bientôt son essor : il prélève des pousses de séquoias géants pour les envoyer aux amateurs du Vieux Monde. Auprès de Molly, cuisinière le jour, fille de joie la nuit, il réapprend le langage de la tendresse. De son côté, pendant toutes ces années, Martha n’a eu qu’un rêve : quitter sa prison mentale de Black Swamp et traverser les États-Unis à la recherche de son frère.

Jusqu'à présent, j'ai adoré cette auteure mais là, je suis profondément déçue.  Pourtant, la quatrième de couverture est hyper alléchante et m'a fait saliver. 
La première partie, qui relate la vie de la famille  Goodenough dans les marais insalubres du Black Swamp, est passionnante. Sadie, femme brisée dans ses rêves, qui doit suivre son mari qui ne rêve que de planter des pommiers. La famille doit quitter la ferme paternelle où les frasques de Sadie attisent la haine des autres épouses. Après un voyage laborieux, James pose ses valises sur une terre non conquise. Et pour cause, rien ni pousse, tout est boueux et tous les ans, Sadie enterre un de ses enfants mort de la fièvre. Pour devenir propriétaire de leur terre, le couple Goodenough doit faire pousser 50 pommiers. Sadie haie cette terre qui s'incruste partout et noie sa déception dans l'alcool de pomme sorte d'eau de vie. Elle aime ses enfants mais est incapable de leur montrer et d'avoir un geste tendre envers eux. Une vie de labeur l'attends, une vie terne, boueuse ou ses seuls moments d'oubli sont la visite de John Chapman et ses ébats lors des réunions bibliques. Cette partie est un récit à deux voix : James et Sadie chacun avec sa vision et ses espoirs.
La deuxième partie est plus brouillon. Nous retrouvons Robert, fils de Sadie et James, qui quitte la ferme familiale, après le drame qui dissémine sa famille, pour aller vivre sa vie. Il a hérité de son père d'un amour incommensurable pour les arbres et notamment pour le plus grand d'entre eux : le séquoia géant. Nous retrouvons Martha, sœur de Robert, qui après bien des déboires part à la recherche de son frère adoré. Ils ont juste le temps de se croiser avec que Martha décède. Nous croisons aussi Molly, une truculente femme qui cherche l'homme qui l'arrachera à sa vie monotone.
Le portrait de Sadie est vraiment poignant et franchement je pensais que le livre continuerait sur cette lancée. Mais nous dévions sur la reconstruction de Robert qui me laisse un arrière goût d'inachevé. Je n'ai pas été convaincu par le portrait de Robert, je le trouve trop terne, trop silencieux, trop effacé pour un homme qui se bat pour sa renaissance. Je trouve qu'il subit trop les évènement et sans sa rencontre avec Molly, je ne suis pas sûre qu'il aurait continuer.
C'est dommage car Tracy Chevalier nous a habitué à des portraits de femmes qui allaient au bout d'elles mêmes. Et là, tout s'arrête d'un seul coup. Bon... Le bon côté de ce livre c'est que j'ai découvert un pan de l'histoire des États Unis que je ne connaissais pas : c'était un pays pourvoyeur d’espèces végétales rares vers la vieille Europe en mal d’exotisme. C'est partie là est très bien recréée à travers le personnage de William Lobb, insatiable dénicheur d'espèces arboricoles.

AUTANT EN EMPORTE LE VENT - MITCHELL, Margaret

Best-seller absolu depuis sa parution en 1936 ! En pleine guerre de Sécession, la ravissante et très déterminée Scarlett O'Hara voit le bel avenir qui lui était réservé à jamais ravagé. Douée d'une énergie peu commune, elle va se battre sur tous les fronts, dans la Géorgie en feu, pour sauver la terre et le domaine paternels : Tara. Ses amours ? Le fragile et distingué Ashley Wilkes et Rhett Butler, forceur de blocus et séduisante canaille, attiré par Scarlett parce qu'elle n'a pas plus de scrupules que lui... Amours romantiques, violentes, impossibles, rythment ce grand moment de l'histoire américaine, le drame du Sud.

Comment oublier le couple mythique Vivien Leigh et Clark Gable qui a incarné cet étrange amour à l'écran. Mes souvenirs de ce film culte ce sont surtout les magnifiques robes et les décors somptueux. Bon, je ne suis pas trop fleur bleue alors ce qui m'a surtout attiré sur ce livre c'est plus la fresque historique et la reconstitution de la guerre de sécession. De plus, étant passionné par l'abolition de l'esclavage, je ne pouvais passer à côté d'un tel récit qui n'est pas sans rappeler le magnifique Racine de Alex Haley. Un classique de cette période avec l’indétrônable La case de l'Oncle Tom de Harriet Beecher Stowe.
Bon... Une fois que l'on a mis de côté l'impossible ménage à trois de Scarlett, Ashley et Reth, il nous reste des portraits féminins inoubliables. Scarlett, l’infatigable séductrice, qui se pâme pour le magnifique Ashley et qui se raille du séduisant Reth. Scarlett l'indomptable, l'impétueuse, l'imprévisible mais tellement humaine dans l'adversité. Melly, la discrète, l'effacée qui adore Scarlett alors que celle ci ne cesse de la railler. Et pourtant, Melly qui n'hésite pas à monter au créneau pour sauvée son amie du déshonneur, qui n'hésite pas affronter les nordistes pour sauver son fils. Et puis, il y a Mama, l’infatigable nourrice noire qui a élevée Scarlett et qui la suit comme son ombre. Et les hommes, et bien, ce sont des hommes. Ashley le doux réveur et Reth le fonceur qui se battent avec des armes inégales pour prendre le cœur de Scarlett.
Et puis il y a la toile de fond : la guerre de sécession, l'abolition de l'esclavage, la renaissance d'un pays en ruine qui a été divisé en deux. Une magnifique fresque historique qui défile sous nos yeux de lecteurs. 
Magnifique et addictive, une très bonne lecture et une redécouverte d'un classique.

mercredi 7 septembre 2016

LES PUTES VOILEES N'IRONT JAMAIS AU PARADIS - DJAVANN, Chahdortt

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran.
Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire.
À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes.
Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

 J'ai choisi ce livre pour deux raisons. La première, car je n'ai vu que des critiques positives le concernant, la deuxième, car j'adore les récits témoignages. Sauf que là, ce n'est pas un récit témoignage. C'est un ouvrage qui oscille entre la fiction et le documentaire et qui, partant d'un fait divers réel, dénonce les aberrations du système islamique radical iranien à l'encontre des femmes. 
Point de départ de ce livre : des prostituées iraniennes sont retrouvées mortes, étranglées par leur tchador, dans les caniveaux de plusieurs grandes villes. Nous découvrons alors un Iran où les mollahs sont tout puissant et décident de tout. Un Iran où la femme n'est considérée que comme un trou et sa valeur est inférieure à celle d'une vache. Nous découvrons un Iran où les femmes pour vivre sont obligées de se prostituer, au pire des cas, ou contracter un "sigheh" c'est à dire un mariage temporaire rémunéré. La femme se fait payer ses petites gâteries mais n'est pas une prostituée car elle a signé un CDD du sexe. Nous découvrons un Iran où la prostitution n'existe pas officiellement, sauf qu'elle est présente à chaque coin de rue. Nous découvrons un Iran où un tueur de prostituées est considéré comme un bon musulman qui a accompli son devoir en éradiquant le "fessad", la prostitution, et qu'il ne peut être considéré comme assassin car il n'a assassiné aucun être humain.
C'est une plongée en enfer que nous vivons à travers la vie de Soudabeh et Zahra, deux fillettes magnifiques de 12 ans et qui font le terrible et douloureux apprentissage de devenir femme avant l'heure et de comprendre qu'au pays des mollahs on écarte les jambes et on se tait.
Mais c'est aussi un vibrant et magnifique hommage à toutes les femmes qui subissent cet islam radical et notamment à toutes ces prostituées assassinées, car avant d'être prostituées elles n'étaient que des femmes avec des rêves. Chaque témoignage d'outre tombe se termine de la même façon : l'identité de la femme, date de naissance, mode et date du décès. C'est à vous glacer les sangs lorsque l'on prend conscience que toutes ces femmes ont réellement existé et qu'elles n'avaient d'autres choix pour vivre et faire vivre leurs enfants. N'oublions pas que si les mollahs appliquaient vraiment leur loi, ils seraient confrontés à un problème crucial : la pénurie de femmes
C'est fort, c'est puissant et en même temps, c'est écœurant. Comment peut on, à notre époque, tolérer de tels comportements soit disant religieux. Je pense que certaines femmes françaises devraient lire ce livre avant de défiler dans les rues pour demander la burka, le burkini et autre artifices rabaissant la femme.
Le langage, comme le dit différentes critiques, est cru, vulgaire à l’extrême mais c'est ce qui rend ce récit percutant, dérangeant voir oppressant et intolérable. Nous avons parfois du mal à reprendre notre souffle entre deux récits. Gardons à l'esprit que l'auteure a fuit l'Iran et ce régime, donc elle sait de quoi elle parle.