lundi 18 mai 2015

IDENTIQUE - TUROW, Scott

Vingt-cinq ans après le meurtre de sa petite amie Dita, Cass Gianis sort de prison. Son frère jumeau, Paul, l’attend de l’autre côté : pendant ces vingt-cinq ans, il a employé son temps à réussir une carrière juridique et politique, et il mène campagne pour devenir maire des Tri-Cities, cette ville imaginaire du Kindle County qui est le théâtre des romans de Turow depuis Présumé Innocent. Sauf qu’à la commission pour la libération conditionnelle de Cass, le frère de la jeune femme assassinée accuse Paul de ne pas être étranger au meurtre. Commence alors une course folle, sur fond de campagne électorale, entre Paul et son accusateur, l’un et l’autre cherchant à persuader les électeurs de sa vérité – alors que l’identité du meurtrier de Dita devient de moins en moins certaine. 

Comment définir ce polar : c'est un livre très prenant que l'on a du mal à lâcher et en même temps, c'est un roman exagérément complexe que l'on a du mal à suivre. L'enquête et la découverte des secrets familiaux est très intéressantes mais les périodes de développement concernant la gémellité, les empreintes ADN, les phases mythologiques cassent le rythme et sont présentées de façon très pointilleuses et complexes. Parfois, cela peut être barbant et nous inciter à passer quelques passages. Je dois bien reconnaitre que par moment j'étais complètement larguée : qui est qui, qui fait quoi ? Même l'auteur, par moment, s'empêtre dans ses références littéraires et mythologiques. Cela me fait penser à une écriture d'un seul tenant sans relecture.

Identique débute par un chapitre rétroactif, qui prend place en 1982, le jour de l’assassinat de Dita. Raconté du point de vue de Paul, il campe le décor, et surtout, les nombreux personnages du roman. Scott Turow revendique le fait de s’être inspiré du mythe de Castor et Pollux pour ce polar sur fond de gémellité. Les jumeaux de Turow, ce sont Cassien (Cass) et Paul, unis par une relation extrêmement fusionnelle. Ce chapitre est un peu lourd, autant par la profusion de personnages présentés en même temps (la table des personnages qui précède le roman s’avère alors très utile) que dans la solennité des références mythologiques qui nous embrouillent dès le début.
Ce premier chapitre est la base du roman et sera répété régulièrement tout au long du livre, chaque fois raconté par une personne différente, jusqu’à la révélation finale.
Le reste du roman se déroule en 2008. Hal, le frère de Dita, veut absolument connaître la vérité sur l'assassinat de sa sœur et s’oppose à Paul, frère de l'assassin présumé. Paul brigue le siège de maire de Tri-Cities et son frère Cass demande sa libération conditionnelle après 25 ans d'emprisonnement. Grâce à l’étude des preuves, aux empreintes ADN – qui donnent lieu à de très, très longs développements parfois complexes et inutiles sur la génétique gémellaire, des vérités jusque là bien cachées et des scandales familiaux font peu à peu surface.
La véritable réussite de ce roman c'est la personnalité des deux enquêteurs. Tim Brodie, ancien flic et détective privé pour la société gérée par Hal, est un beau portrait de vieillard nostaligique. A l’époque du meurtre de Dita, il a participé à l’enquête. Exhumer les démons du passé ne l’enchante pas sauf lorsqu’il commence à entrevoir la possibilité d’une erreur judiciaire. A ses côtés, Evon Miller, ancienne enquêtrice du FBI,  aujourd’hui responsable de la sécurité pour Hal. Elle n’a pas connu les protagonistes de l’affaire. Cela permet à Turow de raconter au lecteur toutes les histoires familiales par la bouche de Brodie sans être trop lourd, mais cela donne aussi un point de vue extérieur à l’enquête. Brute de décoffrage, empêtrée dans une rupture rocambolesque avec sa petite amie, Evon est le point d’entrée du lecteur dans l’affaire, elle lui donne un ancrage dans la réalité qui est le bienvenu.
Je ne pense pas qu'il était nécessaire de compliquer l'enquête comme Turow l'a fait car cela dessert vraiment la lecture. Et puis j'ai eu trop de mal à suivre le comportement des jumeaux : un coup c'est Paul, un coup c'est Cass mais qui n'est pas Cass...

LE JEU DE RIPPER - ALLENDE, Isabel

Les femmes de la famille Jackson sont comme le jour et la nuit. Indiana, la mère, exerce comme masseuse-thérapeute à la clinique de San Francisco. Séparée du père de sa fille, qu’elle a eue alors qu’elle était lycéenne, elle est indépendante et épanouie, et a du mal à se dire qu'elle pourrait refaire sa vie : que ce soit avec Alan, riche héritier d’une grande famille de la ville qui la couvre de cadeaux dont elle ne sait que faire, ou avec Ryan, ancien navy seal qui a perdu une jambe au cours d’une mission en Afghanistan.
Contrairement à sa mère, qui ne voit le mal nulle part, Amanda, comme son père, inspecteur de la police de San Francisco chargé des homicides, est obsédée par la face sombre de la nature humaine. Brillante, introvertie, lectrice passionnée, elle a créé un jeu de rôle en réseau, Ripper, pour résoudre les grandes énigmes de l’histoire criminelle.
Quand la ville est secouée par une série de meurtres étranges et sordides, Amanda met ses enquêteurs au travail et ne tarde pas à découvrir qu’ils pourraient être l’œuvre d’un tueur en série. Mais bien vite, le jeu se transforme en cauchemar lorsqu’Indiana disparaît…


Les critiques qui courent sur internet ne sont pas à l'avantage de l'auteure que nous avons connu dans une meilleure forme. Mais, comme il est précisé, il s'agit d'un premier roman Policier, alors soyons tolérants. 
Personnellement, j'ai bien aimé. A mon avis, il faut prendre ce livre de deux façons : la première partie correspond à l'écriture habituelle d'Isabel Allende : une histoire, des personnages atypiques mais sympathiques. Et puis les 200 dernières pages, comme un roman policier :  l'histoire gagne en rythme et l'intrique prend son envol. Effectivement, 400 pages pour un premier roman policier, c'est trop long d'autant plus que nous comprenons assez vite qui est l'auteur de ces crimes.
Le plus gros point négatif, à mon sens, est la profusion de personnages qui ne sont pas utiles à l'enquête et qui embrouille. En effet, nous nous trouvons face à un club de jeunes de divers horizons et pays qui se connectent pour mener un jeu par internet (genre Cluedo). A quoi servent ils puisque ce n'est pas eux qui font progresser l'investigation.
Évidemment, nous ne sommes pas en présence d'un Harlan Coben, mais il s'agit d'un moment sympathique de lecture. J'espère que l'auteure ne va se décourager et continuer à nous surprendre. La base est bonne mais il manque la petite touche qui permettra de classer ses écrits dans le polar.