lundi 27 avril 2015

MESIRICORDE - ADLER-OLSEN, Jussi

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Pourquoi Merete Lyyngaard croupit-elle dans une cage depuis des années ? Pour quelle raison ses bourreaux s'acharnent-ils sur la jeune femme ?
Cinq ans auparavant, la soudaine disparition de celle qui incarnait l'avenir politique du Danemark avait fait couler beaucoup d'encres. Mais, faute d'indices, la police avait classé l'affaire.

Jusqu'à l'intervention des improbables Carl Morck et Hafez el Assad du Département V, un flic sur la touche et son assistant d'origine syrienne.
Pour eux, pas de cold case ...
Une fois n'est pas coutume, j'ai commencé par visualiser le film avant d'effectuer la lecture du livre. Je ne fais jamais cela car le film me deçoit souvent et ne m'incite pas à lire. Bon, est ce le film qui m'a décidé ou ma bibliothécaire ? Je dirais que le film m'a ouvert l'appétit et que ma bibliothécaire a fini de me convaincre. Je ne regrette pas mon choix car si le film est bien, le roman est quant à lui remarquable. L’auteur sait ménager son intrigue. Même en connaissant dès le début l'auteur du méfait (film oblige), j'ai été tenu en haleine, jusqu’au bout, par une intrigue implacable et une histoire complètement folle. Aucune faute pour ce thriller ! Je confirme mon point de vue, le film déçoit toujours par rapport au livre.
Miséricorde est une vraie réussite, un polar remarquablement bien construit et écrit.
Le thème du roman n’a pourtant rien d’original : un flic, mis à l'écart, est chargé d’enquêter sur la disparition,  jamais élucidée, d’une jeune et talentueuse politicienne. Si vous êtes adepte de la série Cold Case, vous savez donc que l'originalité des ces enquêtes est qu'il n'y a plus de scène de crime, qu'il reste très peu de témoins et que seule la logique implacable d'un enquêteur hors pair permet de résoudre l'affaire.
Ici, deux personnages originaux :  Carl MØrck  et Hafez El Assad.
Le premier est  un flic habilement mis sur la touche par sa hiérarchie qui lui a confié  la direction d’un département spécial de recherche des crimes non élucidés, baptisé département V. Pour faire simple, c'est une mise au placard dans tous les sens du terme. Il y a peu, Carl était un excellent enquêteur mais après une affaire dans laquelle son coéquipier et ami s’est retrouvé définitivement paralysé, il n'a plus goût à continuer.  Son  seul objectif  au niveau de son boulot est d’en faire le moins possible, de passer ses heures de travail sur son ordinateur à faire des jeux vidéos, la sieste, fumer ses cigarettes et rentrer chez lui le plus tôt possible.
Le deuxième enquêteur… n’en est pas un ! Homme à tout faire embauché pour faire le ménage et rendre de menus service, Assad, réfugié  d’origine syrienne, se révèle plein de ressources, astucieux têtu, pourvu des toutes les qualités qui font un bon flic. Par son comportement toujours positif et enjoué il va remettre Carl sur les rails et lui fournir une aide précieuse.
Car même si Carl a décidé d’en faire le moins possible, il va peu à peu mordre à l'hameçon et se piquer au jeu. Il va donc se mettre en chasse et chercher à savoir ce qui est arrivé à Merete Lyyngaard,  jeune femme politique talentueuse, étoile montante du parti démocrate, élue au parlement, qui a mystérieusement disparue depuis cinq ans. Suicide ou accident en mer ? Pas de corps, pas de trace, personne ne le sait… Sauf le lecteur, qui dès le début du roman apprend qu’elle a été enlevée et est séquestrée depuis cinq ans dans un caisson hyper barre dans lequel la pression  augmente doucement mais régulièrement.   
Nous assistons aux  interrogations de Merete, ses angoisses, sa révolte impuissante, sa résistance… Nous  découvrons progressivement les aspects douloureux de sa vie passée ainsi que les souffrances que lui infligent ses ravisseurs.  
Petit à petit, l’enquête policière se met en place et prend le pas sur tout le reste. Le lecteur comprend au fil des chapitres  pourquoi Merete a été enlevée et ce que veulent les ravisseurs et nous suivons, parallèlement au calvaire de la jeune femme, la mise en place de l'enquête policière qui finira par conduire Carl et Assad jusqu’à la solution de l’énigme.
MISERICORDE est un roman impossible à lâcher grâce un rythme rapide avec un duo de choc
Ce roman se lit d’une traite pour notre plus grand plaisir et c'est avec impatience que je retourne à ma bibliothèque pour récupérer les trois autres opus. Et oui, Miséricorde est le début d'une série. A suivre sans modèration...

CA PEUT PAS RATER - LEGARDINIER, Gilles

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Marie est une jeune trentenaire déçue et en colère. Après dix ans de vie commune avec Hugues, elle a enfin ouvert les yeux : Hugues est un mufle de la pire espèce… Il cristallise les pires défauts d’un petit-ami, c’est un stéréotype sur pieds !
Non honteux de la tromper, une fois découvert le pot aux roses, il la somme de quitter l’appartement qu’ils partageaient, sans plus attendre. Ecoeurée, Marie ne partira pas sans lui laisser une ou deux surprises croustillantes. Mais cette rupture lui permet avant tout un nouveau départ et le bilan mitigé de tout ce temps perdu avec un homme qui n’en valait pas la peine. Tout s’enchaîne pour cette héroïne vivifiante et pleine de ressources (beaucoup plus qu’elle ne le croyait elle-même), alors qu’elle mène une croisade contre un patron despotique, accompagnée de ses fidèles collègues dans son entreprise où elle s’occupe du service du personnel. Sa vie privée est également sur le point de connaître de nombreux rebondissements. Elle reçoit des billets anonymes d’un admirateur qui n’ose pas se révéler trop vite à elle. Legardinier, adepte du suspense, maintient le mystère jusqu’à la toute fin sur son identité ce qui devient vite un jeu pour le lecteur.
Avec sa grande amie Émilie, qui, elle aussi a connu de nombreux déboires amoureux, auprès de laquelle elle peut puiser réconfort et légèreté, Marie va mener l’enquête. Qui est celui qui lui dépose des mots doux ? Il est alors temps d’ouvrir les yeux et tant pis pour sa promesse qu’on ne l’y reprendrait pas : il y a encore certainement des hommes dans son entourage qui peuvent la comprendre, la faire rire et l’émerveiller. En tout cas, entre deux crises de fou rire hystérique, quelques moments gênants et des accès de rage, c’est ce que notre héroïne espère le plus…

Legardinier, je le lis parce que je suis sure de passer un bon moment de détente. La quatrième de couverture laissait entendre que le sujet premier du roman était la vengeance d’une femme amoureuse bafouée et j’imaginais tous les bons et mauvais coups que notre héroïne inventerait pour venir à bout de ce macho.  Dès le début, j’ai eu comme une impression de « déjà lu », le sentiment de connaître la fin de l’histoire au bout du premier chapitre, en tout cas d’être capable de deviner ce qu’il allait se passer globalement, ce qui m'a fait un peu hésiter. Mais voilà l'impression et la réalité, cela fait deux et franchement, je me suis laissée happé par cette histoire au combien bienfaisante.
 
Gilles Legardinier décrypte avant tout les comportements humains et les différences entre hommes et femmes menant parfois à de drôles d’écueils qui pourraient être évités avec une plus grande dose de tolérance, un brin d’humour et d'échange.
L’héroïne, comme toujours dans les romans de Legardinier, est attachante, pétillante. De par son dynamisme et sa naïveté, elle nous entraîne dans tous ses délires et ses drôles de mésaventures. L’on se prend au jeu sans trop de difficulté, avec un petit sourire narquois au coin des lèvres.
Ce roman explore davantage la force des relations humaines qui permettent à un être blessé par la vie de se relever et la solidarité qui nous rend capable de soulever des montagnes. Sans nous épargner quelques clichés et une bonne dose de bons sentiments, Gilles Legardinier nous fait passer un moment de lecture sympathique non dénué de drôlerie et de tendresse grâce aux aventures rocambolesques de Marie et de toute sa clique. Mais ce roman, ce n’est pas seulement les histoires de cœur de Marie, c’est également des histoires d’amitiés qui se forment, de collègues qui s’unissent pour sauver leur entreprise, d’amis qui se soutiennent les uns les autres, de voisins qui se découvrent, de femmes qui se soutiennent,… Des personnages secondaires qui ont du poids, qui ont tous un léger grain de folie mais qui ressemblent à nos collègues, à nos amis. C’est une histoire d’écriture aussi, de lettres anonymes, de peur de faire le premier pas, de prendre ses responsabilités, d’oser, et d’agir pour les autres.
La morale de ce roman me semble être "cessons d'être individualiste et unissons nous, regardons nous, osons nous parler, le monde n'en sera que meilleur."





mardi 14 avril 2015

LA DERNIERE PRINCESSE DE MANDCHOURIE - LEE, Lilian

Dans ce roman, nous découvrons la vie romancée de la "Mata Hari" Sino japonaise : Yoshiko Kawashima.

1913, Port-Arthur. Une fillette dans la fleur de l'innocence, quatorzième enfant du prince Su, descendante de la dynastie impériale Qing, embarque seule pour le Japon, l'ennemi héréditaire. Elle obéit au dessein paternel qui intrigue pour la restauration des Qing. Dès son arrivée à Tokyo, conformément aux ordres du prince, elle renie ses origines chinoises.
Ainsi débute le règne de Kawashima Yoshiko, la vénéneuse. Premier travestissement de celle qui passera maîtresse dans l'art du double jeu. Car, dès lors, l'innocente jeune femme cède la place à une redoutable intrigante.
Séduction, espionnage, meurtre, Yoshiko ne reculera devant rien pour atteindre son but. D'homme en femme, l'aventurière au physique de reine obtient argent, pouvoir et gloire. Le sacre de son cousin Pu-Yi, le dernier empereur, en 1934, marque la consécration de celle désormais connue sous le nom de commandant Jin.
 
J'ai toujours été fasciné par la Chine et fut un temps où je serais bien partie travailler là-bas. Aujourd’hui, je gère l’exportation vers ce pays et je commence à tisser des liens tout à fait intéressants. Même, si je ne suis pas toujours d’accord avec sa politique, notamment concernant le Tibet, sa culture, sa façon de vivre m’interpelle. Toute littérature sur ce pays m'attire et c'est donc tout naturellement qu'ayant aperçu ce livre dans les rayons de la bibliothèque je m'en suis emparée.

Ce petit roman d'environ 200 pages se lit très facilement et trouve tout son intérêt sur le côté historique et la présentation très détaillée des évènements : l’invasion de la Chine par le Japon, et la déchéance de l’empereur Pu-Yi et de toutes ses ramifications familiales.  Concernant l’héroïne, j’ai eu de mal à suivre sa vie car cette partie est noyée par la description historique qui peut être étouffante par moment. Nous avons du mal à comprendre le pourquoi du comment : elle est plus ou moins vendue au Japon (pourquoi ?) afin de récréer la splendeur de la Mandchourie et remettre sa branche familiale sur le trône ; mais en même temps elle sert de lien avec la Chine, qu’elle déteste (pourquoi ?), qu’elle espionne et qu’elle combat en se travestissant en homme, qui plus est, en général d’une clique de va nu pied et voleur. Les japonais se servent d’elle, et elle, se croit assez intelligente pour se servir d’eux. Mais bien évidemment, la loi du plus fort gagne toujours à la fin et Yoshiko est livrée en pâture aux chinois. Que dire de plus sinon qu’elle a eu la vie de toute espionne : son corps lui sert de monnaie d’échange, elle brûle sa vie par les deux bouts, elle abuse de l’alcool et de la drogue. Yoshiko pense avoir plein d’amis mais elle n’a que des ennemis.
 
Cette héroïne aurait pu nous paraitre sympathique voire attachante si l’auteure ne nous avais pas fait ressentir son aversion envers elle par l’intermédiaire de son écriture et ses descriptions toujours très négative de son personnage. Lorsque l’on écrit la vie de quelqu’un, il faut savoir rester neutre sinon cela enlève tout intérêt au roman. C’est bien dommage car je pense qu’il y avait matière pour écrire un roman plus vivant, nous faisant vivre cette vie tout à fait extraordinaire. En fin de compte, je suis restée sur ma faim.


 

vendredi 10 avril 2015

LE BOURREAU DE GAUDI - SAINZ DE LA MAZA, Aro


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Juillet 2010. Dans une Barcelone brûlante, sur les dents à quelques jours de la venue du Pape pour la consécration de la Sagrada Familia, un meurtrier particulièrement sadique immole ses victimes par le feu en les suspendant à des bâtiments créés par le célèbre architecte Gaudí. L’affaire est si grave que l’inspecteur Malart est réintégré aux forces de police alors qu’il était sur la touche depuis le suicide de son neveu, qui a utilisé l’arme de service de son oncle. Flanqué de la sous-inspectrice Rebeca Mercader, Malart se lance à la poursuite du Bourreau de Gaudí avec hargne, dans les rues d’une capitale catalane bien loin des guides touristiques.

Il semblerait que cela soit la première incursion d’Aro Sáinz de la Maza dans l’univers du roman policier. Espérons que ça ne soit pas la dernière car l’intrigue menée dans les presque 700 pages du Bourreau de Gaudí est conduite d’une main de maître. Au début, nous avons une sensation de lenteur car l'auteur prend son temps pour décrire les lieux, les faits, les émotions des personnages, à distiller avec doigté les ingrédients du roman policier. D’abord, il y a le très bon policier psychologue, type profiler qui rentre dans la tête des tueurs. Un héros traumatisé et instable comme on les adore... aussi agaçant qu’attachant ; puis, il y a sa jeune coéquipière, jeune flic idéaliste qui fantasme sur le thriller à l’américaine, pleine de bonne volonté mais pas encore aguerrie aux pratiques du milieu. Et il y a le troisième personnage auquel on ne s'attend pas du tout : la ville elle même, la bien nommée Barcelone. L'auteur nous parle de sa ville avec passion... entre haine et amour, dénonciations et admiration, si bien que nous avons l'impression de nous trouver face à un être de chair et de sang.
Afin de pimenté tout cela, il y a les crimes, spectaculaires qui  ensanglantent les magnifiques édifices de Barcelone et que rien ne relient, mais qui prennent une tout autre dimension lorsque se rejoignent le mystère de l’univers architectural de Gaudí et la franc-maçonnerie. Ajoutez à cela une pincée de corruption dans les plus hautes sphères de l’intelligentsia barcelonaise, un zeste de pédophilie, un soupçon de journalisme véreux et une analyse militaro-économique-sociologique avec en toile de fond la crise de 2008 qui a secoué l’Europe et notamment l’Espagne qui souffre toujours autant de ses conséquences.
Outre l’enquête policière, compliquée pour tenir en haleine mais sans pour autant perdre le lecteur, c’est surtout l’image de Barcelone dépeinte dans ce roman qui le rend si particulier. Loin des clichés associés aux guides touristiques l'auteur fait de la ville la toile de fond d’un roman qui dénonce la désolation sociale d’une capitale qui a construit son image à coups d’expropriations et d’hypocrisie pour montrer un visage attrayant aux touristes, source inépuisable de revenus. Comme New York est souvent l’héroïne des romans policiers américains, Barcelone est ici le personnage principal d’un roman qui déconstruit le mythe pour mieux montrer la réalité.
Le résultat de tout cela est un excellent roman policier, où passé et présent ne font plus qu’un... où la magnificence de l’architecture de Gaudi se confronte aux plus noirs sentiments des hommes et des institutions. Tous les personnages forment une galerie de portraits saisissants, riches et pauvres, qui utilisent ou sont broyés par le système. Alors que le rythme s’intensifie, Milo, lui renaît de ses cendres ! Brillant, puissant et impeccablement maîtrisé...

A lire et partager sans modération....








Antoni GAUDI