mardi 3 novembre 2009

ULYSSE FROM BAGDAD - SCHMITT, Eric- Emmanuel


Mais oui, je sais… Eric-Emmanuel Schmitt, on adore ou on déteste. Trop médiatique ? Trop philosophe ? Trop facile ? Il est vrai qu'Ulysse from Badgad se lit aisément d'un trait. Mais le thème abordé, lui, est des plus sérieux : un jeune Irakien, Saad Saad, cherche à fuir le chaos de son pays et on peut le comprendre ! Petit retour en arrière : de 1991 à 2003, les Irakiens subissent un embargo international qui les affame. En 2003, les Etats-Unis envahissent le pays et font tomber Saddam Hussein. Heureux épilogue ? Non, car les attentats et actes de guérilla se multiplient et rendent la vie impossible aux habitants.
Saad Saad, tel un Ulysse des temps modernes, entreprend donc un long périple à travers terres et mers pour rejoindre Londres, son but absolu. Il subira le sort de milliers de clandestins à la recherche d'une vie meilleure au Nord : faim, peur, perte d'identité, désespoir seront ses compagnons d'infortune. Heureusement, le fantôme de son père abattu par les américains le suit tout au long du voyage. Dès qu'il se lave les pieds,  il débarque pour lui prodiguer de sages conseils. Ces épisodes sont assez drôles, je dois dire !
On peut lire ce roman comme un récit d'aventures, mais pas seulement : ce texte est pétri d'humanisme et m'a personnellement touchée. Il entre en résonance avec d'autres œuvres sur ce sujet malheureusement d'actualité : on pense au film
"Welcome" de Philippe Lioret, au film documentaire "La forteresse" de Fernand Melgar, qui présente aussi un jeune requérant d'asile irakien, expulsé de Suisse depuis. Quelques romans se sont aussi intéressés au thème des réfugiés : "Eldorado" de Laurent Gaudé et "Harraga" de Boualem Sansal, sans oublier le "Douce France" de Karine Tuil, qui plonge dans l'univers sinistre des centres de rétention français.

En conclusion, je vous dirai simplement : sauf si vous êtes allergique à l'auteur, lisez ce livre qui est à mon avis très réussi !

lundi 2 novembre 2009

LE CERCLE LITTERAIRE DES AMATEURS D EPLUCHURES DE PATATES


Présentation de l'éditeur
Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, un natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis - un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d'un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d'une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates...) délices bien évidemment strictement prohibés par l'occupant. Jamais à court d'imagination, le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates déborde de charme, de drôlerie, de tendresse, d'humanité Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle et même d'autres habitants de Guernesey, découvrant l'histoire de l'île, les goûts (littéraires et autres) de chacun, l'impact de l'Occupation allemande sur leurs vies... Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman. Alors elle répond à l'invitation chaleureuse de ses nouveaux amis et se rend à Guernesey. Ce qu'elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais. 

Biographie de l'auteur
Mary Ann Shaffer est née en 1934 en Virginie-Occidentale. C'est lors d'un séjour à Londres, en 1976, qu'elle commence à s'intéresser à Guernesey. Sur un coup de tête, elle prend l'avion pour gagner cette petite île oubliée où elle reste coincée à cause d'un épais brouillard. Elle se plonge alors dans un ouvrage sur Jersey qu'elle dévore : ainsi naît fascination pour les îles anglo-normandes. Des années plus tard, encouragée à écrire un livre par son propre cercle littéraire, Mary Ann Shaffer pense naturellement à Guernesey. Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est son premier roman, écrit avec sa nièce, Annie Barrows, elle-même auteur de livres pour enfants. Mary Ann Shaffer est malheureusement décédée en février 2008 peu de temps après avoir su que son livre allait être publié et traduit en plusieurs langues. 

Ce livre a été écrit à quatre mains par Mary Ann Schaffer, née en 1934, et dont c'était le premier roman, mais qui est morte avant de l'avoir fini, et par sa nièce, Annie Barrows, auteur jeunesse, qui l'a donc complété.
D'abord, c'est un roman épistolaire.
Ensuite, là aussi, le lien entre les personnages se fait grâce à un livre. Juliet, l'héroïne, écrivain londonienne de trente ans, fait la tournée des libraires pour promouvoir son dernier recueil de chroniques, quand elle reçoit une lettre d'un inconnu, Dawsey Adams. Il vient d'obtenir un livre lui ayant appartenu puisqu'il a trouvé son nom et son adresse à l'intérieur. L'auteur étant très peu connu, il aimerait en avoir d'autres mais...il est à Guernesey...et l'île ayant été occupée par les Allemands pendant la Seconde guerre mondiale, elle a encore plus de mal à se remettre que l'Angleterre et n'a pas de libraires. Il voudrait donc savoir si elle peut lui en envoyer, moyennant finance, bien sûr. Voilà déjà un début extrêmement anglais !
Juliet va donc lui envoyer un colis avec une lettre où elle lui pose quelques questions sur sa vie. Il va répondre et peu à peu se mettre à lui parler de son quotidien et de ses voisins et amis. C'est ainsi que vont apparaître des « seconds rôles » inoubliables, qui vont eux aussi se mettre à écrire à Juliet, puisque Dawsey leur a parlé d'elle. Un lien va se créer. Ils vont inviter Juliet à venir les rencontrer. Chacune de leurs lettres est une jubilation. Ils ont tous ce côté à la fois très terre à terre et merveilleusement excentrique qui met un sourire permanent aux lèvres. Non seulement chacun d'entre eux est extrêmement bien dessiné mais tout un monde apparaît. La beauté d'une île, son histoire. On sent les deux auteurs pétiller de malice derrière chaque portrait. Ou suer comme des bourricots pour rendre le tout cohérent et fluide, mais les détails de cuisine, on ne veut pas les connaître ! L'essentiel c'est qu'avec ces lettres, elles réussissent à développer deux histoires (une qui a eu lieu pendant la guerre, et l'autre, qui se déroule en 1946) et surtout à nous rendre ce livre tellement attachant qu'on n'a aucune envie de le finir !